Le Devoir: La résurrection du Jazz libre du Québec

Originally published by Le Devoir | 14 Jun

Avant-hier, il se faisait rare. Hier, il l’était moins. Aujourd’hui, il se manifeste au grand jour. Bon. Le sujet commun aux trois phrases précédentes s’appelle le vinyle. Celui envoyé par Guy Thouin, batteur du Nouveau Jazz libre du Québec (NJLQ), comme il fut celui de l’ancien. Déclinons.

Il y a peu, donc, on a eu droit à une double surprise. La surprise numéro 1 ? Un enregistrement du NJLQ dont on n’avait pas entendu parler depuis des lunes, les antiques et non les indiennes. La numéro 2 ? L’enregistrement en question, en fait il s’agit d’un live, a été proposé en « vaille-Nil », comme on dit en langue chouan.

Une fois l’objet en main, on s’est dit : voici donc la justification de quelque chose de nouveau qui ne l’est pas tout à fait, ou plus exactement voici donc le retour de quelque chose d’ancien. De quoi s’agit-il ? Depuis quelques mois, on a remarqué que la majorité des mensuels de jazz consacrent au moins quatre pages aux tourne-disques, aux cartouches et aux aiguilles. Oui, la résurrection de l’ancien, du bon son, du son meilleur que le CD, est en cours.

Que Guy Thouin et ses complices saxophonistes Bryan Highbloom et Raymon Torchinsky aient eu le courage comme la générosité de soumettre leurs aventures musicales sur album, comme d’ailleurs sur CD, en dit long sur la progression du phénomène. À preuve, pratiquement tous les musiciens, y compris les « rock-stars-machin-chose », se sont mis au vinyle.

Cela étant, le trio animé par Thouin va ravir un groupe précis d’amateurs. Mais encore ? Ceux qui sont assez vieux pour avoir apprécié le free jazz des années 60 et 70 et qui l’apprécient encore. Ceux qui avaient été conquis et le restent par les jubilations puissantes et débridées des animateurs de la New Thing, les Albert Ayler, Sunny Murray, l’Archie Shepp de la fin des années 60 et du début des années 70.

On se doit de préciser, de souligner, de marteler que Thouin, Highbloom et Torchinsky sont des vétérans du genre, donc des musiciens très expérimentés. Cela s’entend d’ailleurs d’entrée de jeu. Ils excellent dans le décapage des neurones, Et pour cela ils méritent nos remerciements et notre respect. Ave !

Before yesterday, it was scarce. Yesterday, less so. Today, it is seen everywhere. Good. The common theme in the previous three sentences is called vinyl. One was sent recently by Guy Thouin, drummer of the Nouveau Jazz Libre du Quebec (NJLQ) as he was of the original group (known as Jazz Libre du Quebec).

And that is how we were treated to a double surprise. Surprise number 1? A recording of the NJLQ, which we had not heard about in ages.  Number 2? The recording in question is in fact live, and is distributed on vinyl [written as a pun: vaille-nil (worthless) and vinyle [vinyl) sound the same] as a reactionary would put it.

With this object in hand, I thought: here is the justification of something new that is not quite new, or more precisely here is the return of something old. What’s this all about? In recent months I have noticed that the majority of jazz publications allocate at least four pages to turntables, cartridges and needles. Yes, the resurrection of the old, good sound, better than CD, is underway.

That Guy Thouin and his saxophonist accomplices Bryan Highbloom and Raymon Torchinsky had the courage and generosity to put their musical adventures down on an LP as well as on CD speaks volumes about the progress of the phenomenon. As proof, virtually all musicians, including rock-stars or whatever you call them, have gone to vinyl.

In any case, the trio led by Thouin will delight a specific group of enthusiasts. And who else? Those who are old enough to have enjoyed the free jazz of the 60s and 70s and still enjoy it. Those who have been conquered by the powerful and unrestrained joy created by the proponents of the New Thing: Albert Ayler, Sunny Murray, Archie Shepp in the late 60s and early 70s.

It must be made clear, underlined and emphasized that Thouin, Highbloom and Torchinsky are veterans of the genre, and as such are very experienced musicians who above all excel in stripping neurons. For that they deserve our thanks and respect. Hail!